Pourquoi entend-on si souvent parler d'Analyse Transactionnelle lorsqu'on parle Coaching ?

Dernière mise à jour : 5 mars


coaching analyse transactionnelle

L’Analyse Transactionnelle (AT) est à la fois une théorie, une philosophie et une pratique.


Avant de fournir des outils, l'AT fournit une théorie, c'est à dire un ensemble cohérent de concepts permettant d'observer et comprendre le fonctionnement d'un individu ou d'un groupe. Elle fournit également des méthodologies d’intervention. C’est en cela qu’elle offre une approche puissante pour le coaching : comprendre notre coaché, l’accompagner en ciblant son besoin.


Les concepts les plus connus et transmis en formation coaching ou management sont : les jeux psychologiques à travers la lecture du triangle de Karpman, les états du moi fonctionnels, les signes de reconnaissance. Il en existe de nombreux autres.


Un exemple pour illustrer


Julie est haut potentiel dans une grande entreprise. Malgré ses nombreuses compétences qui lui permettent d’envisager une carrière prometteuse, son manager hésite : Julie est méprisante avec ses interlocuteurs.


En tout cas, c’est comme cela que le problème est posé au coach analyste transactionnel (John) mandaté pour accompagner Julie.


Ce dernier observera, lors de leur première rencontre en présence du manager, que Julie maintient son regard sur ses chaussures après avoir dit bonjour, comme si elle ne voulait pas parler avec lui. Cela lui permet de comprendre pourquoi Julie est taxée de mépris, elle n’entre pas en contact, ne se plie pas aux rituels pour faire connaissance.

John démarre leur premier entretien par une question ouverte pour écouter la direction prise par Julie, ses préoccupations si elle les dit, etc. Et Julie se lance dans un grand développement sur la stratégie de l’entreprise.


Surpris, et intéressé par ce décalage entre ce que lui dit Julie et ce qu’il attendait en lien avec l’objet de leur rencontre, John lui demande quel est son objectif quand elle lui parle de cela.


Grand blanc !


John, en approfondissant, se rend compte que Julie a la croyance qu’elle ne peut parler que pour dire des choses importantes et intelligentes. Elle n’a jamais appris à parler de la météo, de son week-end, etc.


Le concept d’AT qui va aider John


En AT, la « structuration du temps »[1] explique comment nous structurons notre temps en présence des autres. Et, si nous avons chacun notre propre façon de structurer notre temps relationnel, pour autant, des étapes sont nécessaires pour vraiment entrer en contact avec les autres.


Les deux étapes que Julie ne respecte pas, sont :


  • Le Rituel[2] : constitué d’échanges prévisibles, codés, souvent programmés par la culture, dans lesquels il n’y a pas de surprise. « Bonjour, ça va ? Oui merci, et toi ? » « Bonne année ! Merci, toi aussi ! ».

  • Le Passe-temps[3] : les personnes échangent sur des sujets généraux, sans s’engager dans l’action les concernant. Il peut s’agir de la météo, des transports, du dernier fait divers… les sujets sont extrêmement nombreux et souvent en lien avec le Cadre de Référence des personnes y prenant part. Le dialogue peut être neutre, agréable ou distrayant, voire humoristique, désagréable ou dérangeant, voire inopportun. Ce mode d’interaction permet de faire connaissance, d’occuper le temps lorsqu’on ne se connaît pas, de découvrir des personnes avec lesquelles nous aurons envie d’aller plus loin dans la relation.


Le coaching mené par John


John comprend que Julie a appris sa croyance lorsqu’elle était enfant, et ne connait pas les deux étapes décrites ci-dessus. Comme quelque chose qu’elle n’a pas appris. Cette façon qu’elle a de se comporter en ne disant rien (parce qu’elle ne sait pas quoi dire) ou en parlant de choses complexes, fait qu’elle est vécue par les autres comme méprisante.

Or, intérieurement, elle ne l’est pas.


Il ne s’agit pas de venir « réparer » ce qui s’est passé dans son enfance, et qui n’est pas du ressort de John. Il s’agit de donner à Julie la capacité à faire différemment aujourd’hui, pour se rendre compte, petit à petit, qu’elle peut entrer en relation en parlant de choses simples, voire que ses contacts avec les autres s’en trouveront améliorés.


Julie sait penser, John va utiliser cette capacité en lui expliquant le concept de Structuration du temps. Intéressée, Julie comprend très vite la proposition de John, et identifie également qu’elle ne sait pas faire.


John va lui apprendre, ils vont ensemble s’exercer à respecter les rituels et faire du passe-temps.


Julie met très vite en œuvre son nouvel apprentissage, et découvre que ses relations sont bien plus agréables. Elle ancrera cela dans sa seconde séance de coaching avec John.


Ce coaching s’arrête, l’objectif est atteint !


Conclusion


J’ai utilisé un exemple simple, entraînant un coaching court. Ce n’est bien évidemment pas toujours aussi rapide !


Ici, l’AT a permis à John d’identifier rapidement la difficulté de Julie, pour se concentrer sur la problématique, et rien que sur celle-ci.


C’est aussi ce que nous apprenons en AT : analyser finement la problématique, et adresser ce qui est nécessaire, sans aller au-delà de la demande du client, ce qui pourrait être intrusif ou pourrait, dans certains cas, perturber l’équilibre construit par notre client.


Dans notre exemple, John permet à Julie de faire de nouvelles expériences positives, sans chercher à déconstruire sa croyance de scénario. Si elle ressent un inconfort plus important de ce point de vue, elle pourra faire une démarche thérapeutique.


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Pour aller plus loin… petite définition de l’AT


L’AT est une discipline[4] qui relève des Sciences Humaines, développée dans le monde entier depuis plusieurs dizaines d’années. Créée par Éric Berne à la fin des années 1950, l’Analyse Transactionnelle est à la fois une théorie, une philosophie et une pratique.


La théorie de l’AT fait partie des approches du courant des psychologies humanistes. Elle permet de comprendre « l’humain » de différents points de vue :

  • La personnalité, c'est-à-dire comment une personne se caractérise dans ses comportements, ses attitudes, ses réactions émotionnelles et affectives, sa façon de réagir aux situations.

  • La construction de l’enfant, c'est-à-dire comment il reçoit et interprète des messages de son environnement pour façonner son Cadre de Référence. Cette partie explique la genèse de nos stratégies comportementales et relationnelles dans l’enfance, stratégies que nous continuons parfois à utiliser une fois adultes, même si elles sont devenues inappropriées.

  • La communication qui s’intéresse aux interactions entre les personnes, lesquelles se font à partir de la personnalité, la culture, les habitudes…

  • Systémique en fournissant une méthode d’analyse des groupes et des organisations en termes de structure et de dynamique.


Corinne LAURIER

TSTA-O (enseignante et superviseur en AT dans le champ des organisations, certifiée par l’ITAA, association internationale d’AT)


[1] Je n’en développe ici qu’une petite partie [2] Ibid [3] Ibid [4] Manager avec l’analyse transactionnelle – Corinne Laurier – Dunod 2017

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