Pourquoi la supervision s’impose-t-elle aux coachs ?


Supervision Coach

Il arrive assez fréquemment que cette question me soit posée :



Ces questions m’ont donné envie de faire ce billet dans lequel je réponds à la question « pourquoi faire de la supervision ? », et je vous laisse répondre par vous-même et pour vous-même aux autres questions J, pourquoi pas en commentaire !


Il y a bien sûr une réponse « simple » à la question : c’est une obligation déontologique pour certains métiers. Cette réponse normative porte peu de sens en elle si elle n'est vue que sous le prisme de l'obligation, je ne la développe pas ici.


Il y a également toutes les excellentes raisons :

  • prendre du recul,

  • approfondir sa pratique,

  • continuer sa formation,

  • « déposer » ses émotions »,

  • etc…


Ces éléments sont largement développés par ailleurs.


Je choisis ici de répondre en illustrant par 2 approches différentes, 2 angles de vue sur une même question.


Réponse avec l’analyse transactionnelle : parce que nous faisons des méconnaissances !


La méconnaissance est « le mécanisme interne par lequel le sujet agit à partir d’une minimisation ou une négation de quelque aspect de lui-même, des autres et de la réalité. »[1]


Comme si, au lieu de voir une situation, une personne, soi-même, une problématique à 360°, nous la voyions avec des œillères : nous n’en percevons que ce que notre inconscient accepte d’en percevoir à cet instant.


Nous avons tous un jour « découvert » quelque chose : une réaction abrupte d’une personne, un problème devenu grave, etc. et, dans ces circonstances, nous avons pu, à postériori, nous dire « ah oui, c’est vrai qu’un jour j’ai vu/entendu… tel signe » ou « je n’ai rien vu venir » mais un ami peut vous dire « pourtant je t’avais dit… ».


Par exemple, Julie accompagne le directeur d’une B.U. pour une action de cohésion d’équipe. Lors de la préparation, il donne quelques indicateurs d’une problématique non gérée, qui nécessiterait d’être prise en compte au préalable. Julie ne perçoit pas ces indicateurs. Pourtant, elle est compétente et expérimentée ! En supervision, elle s’écriera « comment je n’ai pas vu ça ? ».


Ce qui est important, ce n’est pas de ne pas faire de méconnaissance, car ce n’est pas possible ; c’est de se donner les moyens de lever nos méconnaissances, et la supervision en est un excellent. Lever une méconnaissance nécessite la présence d’un tiers : comment découvrir seul une omission inconsciente ?



Réponse avec la psychanalyse : parce que la relation d’accompagnement est transférentielle


Le transfert est d’abord un concept défini par Freud puis approfondi par les psychanalystes comme un outil spécifique au travail analytique[2].


Il est abordé ici comme un processus présent dans toute relation et notamment toute relation d’accompagnement.


Pour rester simple, je définis le transfert comme une projection émotionnelle d’aspects d’une personne et/ou une situation d’autrefois sur une personne et/ou une situation d’aujourd’hui.


Le contre-transfert est la réaction inconsciente du thérapeute vis-à-vis du patient.


Dans nos métiers, il ne s’agit pas de « soigner le transfert » du client, mais la supervision peut aider à en tenir compte dans l’analyse de ce qui se passe dans la relation pour :

  • ne pas « se fixer » dans la relation transférentielle,

  • faire la part de ce sur quoi le professionnel peut agir ou pas.


Par exemple, John demandera en supervision comment aider son client, manager, dans le coaching, pour lui permettre d’atteindre ses objectifs, tout en faisant attention à sa fragilité.


Il prendra conscience dans l’échange qu’il se comporte avec ce client de façon inhabituelle en lui prêtant une fragilité excessive. La relation entre John et son client est alors un élément clé à analyser : que se passe-t-il ?


Analyser en supervision les relations transférentielles peut mettre à jour certains aspects inconscients de la relation du professionnel avec son client pour lui permettre d’adapter son intervention.



En conclusion, la supervision nous permet d’éclairer nos « zones aveugles », cet éclairage nécessitant un tiers neutre et soutenant. Cela veut aussi dire, à mon sens, que la supervision est nécessaire quel que soit notre niveau d’expérience et de développement personnel.


La supervision nous permet aussi de « garder les limites » de nos contrats professionnels : formation, coaching, orientation, thérapie, etc. : quel est mon contrat ? Comment je reste dans les limites de mon contrat ?


Et vous, comment pensez-vous la supervision ?


[1] Carlo Moïso et Michele Novellino – Retour aux sources - 1982 [2] J. Filloux - Revue française de pédagogie. Volume 87, 1989. pp. 59-75.

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